There Were Times When I Wished You Were Dead
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Il fut un temps où j'ai souhaité que vous mouriez.
Oui, je l'ai dit. Ne détournez pas le regard ! Ce n'est pas une confession sombre et sinistre, loin de là. C'est une histoire d'amour. Une histoire d'amour un peu mouvementée, il faut l'avouer, mais une histoire d'amour quand même.
Vous vous souvenez de votre première voiture ? Celle qui sentait un mélange étrange de vieux chewing-gum et d'ambition juvénile ? La mienne était une vieille Renault 4. Un tas de ferraille bleu ciel, que dis-je, un pot de yaourt sur roues. Elle faisait un bruit de tracteur au démarrage, toussait quand elle montait une côte (même une légère pente) et avait cette petite habitude agaçante de s'éteindre au feu rouge. Chaque trajet était une aventure, une négociation. "Allez ma belle, un peu de courage, on y est presque !"
Il y a eu des matins où le soleil brillait, où je devais être quelque part à l'heure, et là, paf ! La batterie était à plat. Ou alors, la porte passager refusait de s'ouvrir, nécessitant une chorégraphie complexe impliquant de passer par le coffre (oui, le coffre !). Sans parler des innombrables fois où j'ai dû la pousser avec un ami pour la faire démarrer en côte. On transpirait, on jurait, et on se disait que cette voiture était vraiment la pire invention depuis la dernière mise à jour de Windows.
Et puis, il y avait les moments de franche panique. La fois où, sous une pluie battante, les essuie-glaces se sont arrêtés net. La fois où le chauffage s'est mis à cracher un air glacial en plein hiver. J'ai dû traverser des tempêtes de neige avec des lunettes embuées et un manteau sur les genoux pour tenter de me réchauffer. À ces moments-là, je levais les yeux au ciel et je me demandais sérieusement pourquoi je m'infligeais ça. J'ai même pensé à la remplacer, à la vendre pour une bouchée de pain, à l'envoyer à la casse sans aucun remords. Oui, j'ai eu envie qu'elle disparaisse à tout jamais.

Mais... et il y a toujours un "mais" avec elle. C'est dans ces moments de galère qu'elle me montrait son vrai visage. Quand tout le monde tombait en panne, elle, malgré ses caprices, tenait bon. Quand j'étais jeune et fauché, elle était mon seul moyen de liberté. Elle m'a emmené voir mes premiers concerts, mes premières sorties avec des amis, mes premiers rendez-vous maladroits. Elle a été le témoin silencieux de tant de premières fois, de rires et de pleurs.
Je me souviens de cette fois où, après une soirée particulièrement festive, j'ai dû ramener des amis un peu trop éméchés. Elle a roulé doucement, sans un accroc, dans les rues désertes. Elle a fait le taxi bénévole, patiente et fidèle, malgré son âge et ses bruits étranges. Et quand je suis rentré chez moi, épuisé mais soulagé, j'ai posé ma main sur son capot et j'ai ressenti une drôle de chaleur. Ce n'était pas la chaleur du moteur, mais celle de la gratitude.

Ces moments de frustration intense, ces envies de la voir partir, ont finalement forgé un lien. Un lien basé sur la patience, sur la compréhension des défauts, et sur la reconnaissance de la valeur cachée. Parce que même si elle n'était pas la plus belle, la plus rapide ou la plus fiable, elle était la mienne. Elle m'a appris à être débrouillard, à ne pas paniquer face aux imprévus, et surtout, à apprécier les choses simples.
Alors oui, il y a eu des moments où j'ai souhaité qu'elle rende l'âme. Mais ces moments sont devenus des souvenirs comiques, des anecdotes que je raconte avec un sourire. Ils sont la preuve que même les relations les plus compliquées peuvent se transformer en quelque chose de précieux. Elle n'est plus là aujourd'hui, partie vers de nouvelles aventures (ou peut-être vers le concasseur, qui sait ?), mais je lui suis reconnaissant. Reconnaissant pour les leçons, pour les rires, et pour cette étrange et magnifique histoire d'amour automobile.
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