L écureuil Qui Voyait Tout En Vert

Imaginez un petit écureuil. Pas n'importe lequel, non. Un écureuil qui voyait tout en vert. Oui, vous avez bien lu. L'écureuil qui voyait tout en vert. Son nom ? Appelons-le Gaston. Gaston le vert. C'était un écureuil comme les autres, ou presque.
Il aimait les noisettes. Il aimait grimper aux arbres. Il aimait faire la course avec ses cousins. Mais son monde… ah, son monde était différent. Pour Gaston, le ciel n'était pas bleu. Il était d'un vert profond, comme une pomme pas mûre. Les nuages n'étaient pas blancs, mais plutôt d'un vert pâle, mousseux. Et les feuilles des arbres ? Bah, elles étaient… eh bien, elles étaient encore plus vertes que d'habitude ! Un vert émeraude constant, éclatant.
Vous vous dites peut-être : "Mais comment faisait-il ?" C'est là que ça devient intéressant. Pour nous, le monde est un arc-en-ciel. Pour Gaston, c'était une symphonie de verts. Le vert des brins d'herbe. Le vert des mousses sur les rochers. Le vert des petites bestioles qui rampent. Même les baies rouges qu'il picorait lui semblaient avoir une nuance subtile de vert, un vert presque framboise.
Ses amis écureuils, eux, voyaient le monde en couleurs normales. Quand ils discutaient des belles fleurs du jardin, Gaston hochait la tête. "Oui, oui, magnifiques ! Quel vert !". Ils le regardaient parfois avec une petite moue dubitative. "Gaston, ce sont des tulipes jaunes." Gaston haussait les épaules. "Peut-être, mais elles ont une telle présence verte, vous ne trouvez pas ?"
Certains pourraient penser que c'était un handicap. Perdre toutes ces belles couleurs ! Le rouge des fraises, le bleu des myrtilles, le jaune des tournesols. Mais Gaston, lui, n'était pas malheureux. Au contraire. Il trouvait que son monde était d'une richesse incroyable. Chaque ombre était une nouvelle teinte de vert. Chaque rayon de soleil qui traversait le feuillage créait des jeux de lumière d'une complexité infinie.

Et puis, il y avait une chose que Gaston faisait mieux que tous les autres. Il trouvait les noisettes cachées. Pendant que ses congénères s'égaraient dans les nuances de brun et de beige des feuilles mortes, Gaston repérait les touches subtiles de vert qui révélaient une noisette bien enfouie. "Ah ! Là ! Un vert un peu plus foncé, c'est sûr !"
Peut-être que nous sommes trop attachés à nos notions de "normal". Peut-être que le monde est plus beau quand on le regarde avec des lunettes un peu spéciales. Gaston ne voyait pas le monde en "faux". Il voyait son monde. Et son monde était plein de vie, plein de nuances, plein de… vert.

Et si, au fond, on était tous un peu comme Gaston ? Si nos perceptions étaient simplement nos propres filtres personnels ? Si le "vrai" était juste une idée comme une autre ?
Pensez-y la prochaine fois que vous verrez une feuille. Est-elle juste verte ? Ou est-elle une nuance particulière de vert, juste pour vous ? Gaston, lui, aurait sûrement une opinion bien tranchée. Et probablement très, très verte.
"Le vert, c'est la couleur de l'espoir. Et Gaston en avait à revendre."
Alors, la prochaine fois que vous croiserez un écureuil, demandez-vous… voit-il le monde comme vous ? Ou a-t-il peut-être, lui aussi, une petite touche de vert dans sa palette de couleurs ? On ne sait jamais. Et c'est ça qui est amusant.
Gallery
