Image Maths Page De Garde

Ah, la fameuse "page de garde". Vous savez, cette page au tout début de votre cahier de maths ? Celle qui est censée être le reflet de votre âme d'artiste mathématicien en herbe. Chez moi, ça a toujours été une sorte de bataille perdue d'avance.
Dès le plus jeune âge, on nous dit : "Mettez votre nom, votre classe, l'année..." Des instructions simples, presque trop simples pour nos jeunes cerveaux en ébullition. Mais voilà, la pression ! Il faut que ça soit parfait. Pas juste un nom griffonné à la va-vite. Non, non. Un nom qui soutient le regard. Un nom qui dit : "Oui, c'est moi, le futur Einstein, et je suis prêt à conquérir les nombres."
Alors, on sort les crayons de couleur. Les feutres, les paillettes (parce que pourquoi pas, après tout ?). On commence avec un beau rectangle pour le nom. Puis, on se dit qu'il faut décorer. Un petit soleil ? Trop enfantin. Une fusée ? Peut-être. Finalement, on opte pour une formule mathématique. La plus compliquée qu'on connaisse. Ou du moins, celle qui en a l'air.
Et puis vient le moment de la vérité. Le nom. On l'écrit. En lettres capitales. Puis on se dit que ça manque de panache. Alors, on le met en italique. Ou en gras. Ou les deux. On ajoute des petites étoiles autour, des petits points d'exclamation. On a l'impression d'avoir créé un chef-d'œuvre.
Mais le problème, c'est que cette page, elle est là pour une seule raison : identifier le propriétaire du cahier. Et souvent, après trois jours de cours, elle est déjà recouverte de traces de doigts, de taches d'encre (quand on a eu le malheur d'essayer un stylo qui fuyait), et de... euh, d'autres choses indéfinissables.

J'ai toujours trouvé ça un peu absurde. On passe des heures à essayer de rendre cette page magnifique, alors qu'elle va finir dans le fond d'un sac à dos, malmenée par des livres de géographie et des classeurs remplis de feuilles volantes. C'est un peu comme peindre une fresque sur la porte d'un placard qui ne sera jamais ouvert. Un bel effort, mais pas forcément le plus pragmatique.
Certains diront que c'est l'apprentissage de la rigueur. Moi, je dis que c'est une première leçon d'illusion. On croit qu'on met de l'ordre, qu'on crée une identité visuelle forte, alors qu'en réalité, on prépare juste un petit espace pour que la maîtresse écrive gentiment "À remettre".

Et les dessins ? Ah, les dessins ! J'ai vu des cahiers avec des pyramides parfaites, des cercles d'une précision chirurgicale, des graphiques dignes des plus grands économistes. Mais le plus souvent, c'était des formes abstraites, des tentatives ratées de représenter des symboles mathématiques, des "x" qui ressemblaient plus à des papillons torturés.
C'est là où je me sens moins seul. Je pense qu'il y a une génération entière de "page de gardistes" qui ont lutté contre cette page blanche. Qui ont rempli cet espace avec des intentions louables, mais avec des résultats... disons, artistiques. C'est notre petite fierté cachée, cette page qu'on a redécorée mille fois, même si personne d'autre n'y prêtait vraiment attention.
Alors, la prochaine fois que vous tomberez sur un vieux cahier de maths, regardez cette page de garde. Souriez. Souvenez-vous de cette pression créative inutile mais tellement humaine. C'est un petit morceau de notre histoire, une histoire de chiffres, mais surtout, une histoire de style (ou de son absence). Et ça, ça vaut bien une petite blague, non ? Une petite blague de maths, évidemment.
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